Arman, né Armand Fernandez à Nice en 1928 et mort à New York en 2005, est l’une des figures centrales du Nouveau Réalisme, mouvement qu’il cofonde autour de Pierre Restany et d’Yves Klein. Fils d’antiquaire, il grandit parmi les objets et en fera la matière même de son art : cachets, poubelles, colères, coupes, accumulations, soudures, inclusions dans le polyester ou le Plexiglas. Loin de la peinture de chevalet, il traite la société de consommation comme un gisement sculptural. Toute sa vie, il reste aussi un collectionneur insatiable — montres, instruments, art africain — et cette passion d’accumuler se confond avec sa méthode artistique. Son œuvre pose une question simple et radicale : que devient un objet dès qu’on l’arrache à son usage ?
Un fer de golf apparaît comme une relique industrielle, suspendue dans un bloc clair. La transparence n’embellit pas l’objet : elle l’enferme, le muséifie, le transforme en fossile du loisir bourgeois. On peut y lire une ironie : le sport, le standing, le geste efficace sont arrêtés comme une coupe géologique. On peut y lire aussi une tendresse d’antiquaire : Arman n’écrase pas l’objet, il lui donne une seconde vie, immobile. L’inclusion dit à la fois la profusion de notre monde et le désir de le sauver de la disparition en le scellant.
Les inclusions apparaissent lorsque Arman cesse seulement d’empiler les objets pour les figer dans une matière transparente. Le fer de golf — « tie » au sens d’outil de départ, de club — appartient à une famille d’œuvres où l’artiste s’empare d’ustensiles sportifs, d’outils et d’instruments, les mêmes qu’il collectionne. En les coulant dans la résine, il interrompt leur fonction : le geste du swing n’aura plus lieu. Cette pratique s’inscrit dans la logique des années 1960-1980, où l’objet réel, non représenté mais présenté, devient le tableau.
Inclusion d’objet (résine, plexiglas)