« Je veux créer une œuvre que chacun puisse faire sienne et pour laquelle on ne puisse ni donner l’origine, ni l’époque, qu’elle soit un signe symbolique universel. »
De la peinture de guerre à la forêt
Christian Lapie naît en 1955 dans une ferme de Champagne, terre labourée par la Grande Guerre. Il étudie aux Beaux-Arts de Reims (1972-1977) puis à l’ENSBA de Paris (1977-1979), et revient s’installer à Val-de-Vesle. D’abord peintre, il travaille craie, oxydes, cendres sur bâches, puis tôles, ciment, bois brûlé. War and Peace (1992, FRAC) et War Game (1995, censurée) montrent une brutalité politique encore très « art contemporain occidental ».
L’Amazonie et les figures sans visage
En 1992, invité à Rio pour Arte Amazonas, il comprend que son discours ironique ne parle pas à tous. Il veut un signe « dont on ne puisse ni donner l’origine, ni l’époque ». De troncs fendus à la tronçonneuse naissent des silhouettes sans bras ni visage, calcinées, dressées en groupes. Fort 61 au Japon, The Crow’s Nest au Canada, In Path of the Sun and the Moon à Jaipur, Constellation de la douleur au Chemin des Dames (2007) : les figures voyagent de la Champagne au monde.
Sentinelles d’un temps collectif
Lapie installe aussi Le Pupitre des étoiles au parc de Sceaux, des fontes, des pierres, des chênes de tempête. En 2019, Rodez lui demande un hommage à Soulages pour son centenaire. Ses groupes, issus d’un même arbre fendu, disent l’unité qui produit le multiple. Œuvre de mémoire sans illustration militaire : des présences noires, douces et dures, qui tiennent dans un champ comme des morts debout.