« Pour moi, montrer un tas de charbon, c’était la même chose que montrer une sculpture qui, pour la première fois, n’avait pas de forme spécifique. »
Du goudron à la formule
Bernar Venet grandit dans les Alpes-de-Haute-Provence, étudie un an à la Villa Thiole de Nice, travaille comme décorateur à l’Opéra de Nice. Dès 1961, pendant le service militaire, il se couche parmi des déchets : l’art n’a plus besoin d’une « belle forme ». Suivent les toiles au goudron, le tas de charbon, le carton sprayé. En 1966, il part à New York, au cœur de l’avant-garde conceptuelle. Il enseigne ensuite la théorie de l’art à la Sorbonne, interrompt même sa production pour des raisons théoriques, puis revient à l’œuvre en 1976.
La ligne comme sujet
À partir de 1979, angles, arcs, droites et lignes indéterminées deviennent son vocabulaire. L’acier Corten monumental envahit Versailles, Berlin, Tokyo, le Champ-de-Mars, des autoroutes et des parcs. Un titre comme 216,5° Arc × 13 ou Arcs in disorder, Arc × 14 (2006) est déjà le protocole de l’œuvre : un angle, un nombre, parfois le désordre. Le dessin Undetermined Line n’est pas un croquis secondaire ; c’est l’origine du geste avant l’usine.
Une œuvre mondiale encore en cours
Venet vit entre Le Muy et les États-Unis. Il a reçu le Lifetime Achievement Award de l’International Sculpture Center. Peinture, son, ballet, poésie accompagnent la sculpture. Son art refuse le symbole facile : la beauté, s’il y en a, doit advenir comme effet d’une équation incarnée dans le métal.